Histoire des manufactures de décor en terre cuite

Trois grandes manufactures ont marqué l'histoire de la ville et de la région par la qualité de leurs productions et par le dynamisme de leurs fondateurs.

La manufacture des Fouque et Arnoux est la première a avoir proposé des décor d'architecture en terre. En 1830 les frères Virebent ont installés leur manufacture sur les coteaux de Launaguet, village situé à 10 km de Toulouse, puis Jean-Baptiste Giscard, ancien contremaître des Virebent à fondé son atelier dans le quartier de Terre Cabade.

Dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, de nombreux ateliers de production d'art statuaire ont été créés à Toulouse, on peut ainsi évoquer une production d'art industriel spécifique à Toulouse et sa région. Les productions de ces ateliers et manufactures se sont également orientées vers la production d'art religieux, l'Eglise, les paroisses et les Fabriques ont ainsi favorisé le développement de cet art industriel.

La manufacture des Fouques et Arnoux

La production de décors en terre cuite presque inexistante à a fin du XVIIIᵉ siècle s'est développée à Toulouse dès le début du XIXᵉ siècle grâce à la présence de Joseph-Jacques Fouque, faïencier originaire de Provence qui a apporté son expérience  dans la préparation de la matière première et dans les modes de cuisson.
Cette fabrique de faïence fine et de porcelaine est la première à avoir proposé ses moulages pour décorer les façades de la ville.  Nous retiendrons également les plaques de rues rectangulaires aux coins coupés, discrète mémoire des premiers plans d'urbanismes de Jacques-Pascal Virebent. Les plaques jaunes sont pour les rues perpendiculaires à la Garonne et les plaques blanches pour les rues parallèles au fleuve...

 La manufacture des Fouque et Arnoux a poursuivit son activité d'art industriel à Saint-Gaudens en Haute-Garonne à partir des années 1830 jusqu'à la fin des années 1840.

La maison Lamothe, place de la Trinité est un des plus beaux témoignage de leur activité à Toulouse.  Cette façade dessinée par le jeune architecte Urbain Vitry a été construite autour des années 1825 lors des travaux d'alignement de la rue des Filatiers. Les décors proviennent de la manufacture des Fouque et Arnoux et les sculptures nichées ont été commandées au sculpteur parisien Romagnési.  La façade a été restaurée en 2012 et badigeonnée d'un enduit orange vif...il faudrait plutôt l'imaginer en blanc comme à son origine...

La manufacture Virebent

La manufacture Virebent, fondée en 1831 par les frères Virebent va très vite s'imposer dans le domaine de l'ornementation par ses belles productions. Cette manufacture s'est développée autour de l''invention de la plinthotomie, une presse  qui permettait de tailler la forme des moulures dans la brique avant cuisson. Cette machine actionnée à la force de l'homme a permis aux frères M.M Virebent de hisser leur atelier au rang de manufacture et de participer aux expositions des produits de l'Industrie à Paris dès 1834. La bonne élaboration de leur matière première, la mise au point du procédé de double pâte puis la maîtrise du grès apportent une grande qualité aux productions de cette manufacture. La qualité artistique est également valorisée par les Virebent qui s'associent avec de grands artistes pour la création d'une incroyable diversité de modèles. Après la longue carrière de Gaston Virebent à la tête de la manufacture à la mort des frères fondateurs, ses deux fils ne se sont pas entendus pour faire perdurer l'activité familiale et le dernier descendant de cette lignée d'architectes manufacturiers est décédé en 1965 dans les ruines de la manufacture.

Auguste Virebent a apporté une dimension archéologique aux productions de la manufacture en effectuant des moulages de sculptures anciennes du patrimoine sculpté de la région. L' hôtel du Vieux Raisin, l'hôtel de Bernuy ou les bustes de Sait-Bertrand de Comminges ont ainsi été moulés et ajoutés au catalogue de la manufacture. La grande majorité des décors d'architecture que l'on retrouve sur les façades de Toulouse proviennent de la manufacture des Virebent.

La manufacture Giscard

La manufacture Giscard établie en 1855 dans le quartier de Terre Cabade compte parmi les trois manufactures qui ont marqué l'histoire de la terre cuite parce qu'elle s'est très vite développée et imposée dans le domaine de la production d'ornements religieux.
Cette manufacture employait en moyenne une vingtaines d'ouvriers et d'ouvrières,  elle a su commercialiser ses productions dans toute la France puis dans les colonies quand toutes les églises du territoire furent décorées. Les Giscard étaient tous sculpteurs ornemanistes, formés à l'école des Beaux-Arts de Toulouse, et ils ont pu répondre aux commandes de décors monumentaux comme celle de St-Aubin ou encore de la basilique Sainte-Germaine de Pibrac. Ils ont également su adapter leur création après la Première Guerre mondiale en s'engageant dans la production de monuments aux morts, civils et religieux pour les paroisses endeuillées. La longévité de leur activité artistique et artisanale qui s'est maintenue sur quatre générations légitimise l'importance de cette manufacture dans l'histoire de la ville.

Peu avant sa mort, Joseph Giscard (1931-2005) a légué à la ville de Toulouse ses ateliers et tous ce qu'ils contenaient: sculptures, moules, mobiliers, outils, archives... Aujourd'hui, les archives familiales et celles de l'entreprise sont conservées aux archives municipales, mais le patrimoine de la manufacture n'est pas encore protégé et valorisé comme il devrait l'être. L'association Manufacture Giscard s'est donné pour mission de participer à la protection et à la valorisation de ce patrimoine de l'art industriel toulousain.

Une multitude d'ateliers

De nombreux ateliers de décor en terre cuite et en plâtre se sont développés dans la deuxième moitié du XIXᵉ siècle. Ils ont su profiter de l’effervescence qu'il y avait à décorer les églises, les façades et les jardins. Les fabriques de Viguier, Négriers, Laplanque et les ouvriers réunis ou associés ont participé de leurs œuvres à la riche production toulousaine de décor en terre cuite moulée. Les gros ateliers de Bellegarde ou Monna ont eu aussi une importante production de décor statuaire en terre cuite et en plâtre. Enfin, un riche foyer d'artistes sculpteurs ornemanistes ont produits des œuvres pour répondre à la forte demande de la part du public et des fabriques d'églises pour produire à petite échelle des ornements de tous types.